Trouble dysphorique prémenstruel : quel test, quels critères et quelle prise en charge ?
Il n'existe aucune prise de sang ni aucun examen d'imagerie capable de diagnostiquer un trouble dysphorique prémenstruel (TDPM). Le diagnostic repose sur les critères du DSM-5 et sur un relevé quotidien des symptômes pendant au moins deux cycles, à l'aide d'outils validés comme le DRSP. Les questionnaires en ligne, dont celui proposé plus bas, permettent…

Introduction
Il n’existe aucune prise de sang ni aucun examen d’imagerie capable de diagnostiquer un trouble dysphorique prémenstruel (TDPM). Le diagnostic repose sur les critères du DSM-5 et sur un relevé quotidien des symptômes pendant au moins deux cycles, à l’aide d’outils validés comme le DRSP. Les questionnaires en ligne, dont celui proposé plus bas, permettent seulement de repérer un profil évocateur et de préparer la consultation avec un médecin généraliste, un gynécologue ou un psychiatre.
SPM ou TDPM : quelle différence ?

Le syndrome prémenstruel (SPM) regroupe des symptômes physiques et émotionnels qui apparaissent pendant la phase lutéale, c’est-à-dire entre l’ovulation et les règles, puis disparaissent dans les jours qui suivent le début des saignements. Seins tendus, ballonnements, fatigue, envies de sucre, irritabilité passagère : ces manifestations sont fréquentes et, dans la majorité des cas, gênantes sans désorganiser la vie quotidienne. Le trouble dysphorique prémenstruel en est la forme sévère, dominée par les symptômes de l’humeur. Depuis 2013, il figure dans le DSM-5 parmi les troubles dépressifs, à côté de la dépression caractérisée.
La revue publiée par Epperson et ses collègues en 2012, qui a appuyé cette reconnaissance, estime que le TDPM touche 2 à 5 % des femmes avant la ménopause. Ce qui distingue le TDPM du SPM, c’est l’intensité des symptômes affectifs et leur retentissement sur le travail, les études, la vie de couple ou les relations sociales. Une femme atteinte de TDPM décrit souvent une ou deux semaines par cycle durant lesquelles elle ne se reconnaît plus : colère disproportionnée, tristesse profonde, sentiment de perte de contrôle, conflits répétés avec ses proches. Puis tout s’apaise après les règles, jusqu’au cycle suivant.
Les critères DSM-5 du trouble dysphorique prémenstruel
Le DSM-5 pose un cadre précis. Il faut au moins cinq symptômes pendant la dernière semaine avant les règles, dont au moins un symptôme affectif majeur, au cours de la plupart des cycles de l’année écoulée. Ces symptômes doivent commencer à s’atténuer dans les quelques jours qui suivent le début des règles et devenir minimes ou absents la semaine suivante.
Les quatre symptômes affectifs majeurs
Au moins un de ces quatre symptômes doit être présent : une labilité émotionnelle marquée (sautes d’humeur, tristesse soudaine, hypersensibilité au rejet), une irritabilité ou une colère marquée avec davantage de conflits, une humeur nettement dépressive avec sentiment de désespoir ou pensées dévalorisantes, et enfin une anxiété ou une tension marquée, avec la sensation d’être à bout ou sur les nerfs.
Les autres symptômes possibles
Ils complètent le décompte pour atteindre cinq au total : une baisse d’intérêt pour les activités habituelles, des difficultés de concentration, une fatigue ou un manque d’énergie, des changements d’appétit avec fringales, une hypersomnie ou une insomnie, le sentiment d’être débordée ou de perdre le contrôle, et des symptômes physiques comme la tension mammaire, les douleurs articulaires ou musculaires, les ballonnements ou la prise de poids.
Retentissement, exclusion et confirmation prospective
Les symptômes doivent entraîner une souffrance cliniquement significative ou interférer avec le travail, l’école, les activités sociales ou les relations. Ils ne doivent pas correspondre à la simple aggravation prémenstruelle d’un autre trouble, comme une dépression, un trouble panique ou un trouble bipolaire, ni s’expliquer par une substance ou une maladie générale (une hypothyroïdie, par exemple). Enfin, le DSM-5 exige une confirmation par des évaluations quotidiennes prospectives sur au moins deux cycles symptomatiques. Sans ce relevé, le diagnostic reste provisoire.
Les outils reconnus pour tester un TDPM

Les souvenirs des cycles passés sont peu fiables : on surestime ou on sous-estime facilement le lien entre l’humeur et le cycle. C’est pour cette raison que le calendrier prospectif, rempli chaque jour, reste la référence du diagnostic. Trois outils sont utilisés en pratique clinique et en recherche.
Le DRSP (Daily Record of Severity of Problems) est un carnet quotidien dans lequel chaque symptôme du DSM est noté sur une échelle de sévérité, avec des items sur le retentissement. Endicott et ses collègues ont publié en 2006 sa validation sur deux échantillons, dont 243 femmes répondant aux critères du TDPM : fidélité test-retest élevée, bonne cohérence interne et sensibilité aux effets des traitements. Le calendrier prospectif simple, sur papier ou dans une application de suivi de cycle, reprend le même principe avec moins de détails. L’essentiel consiste à noter chaque jour l’humeur, les symptômes principaux et les jours de règles, puis à comparer la semaine prémenstruelle à la semaine qui suit les règles.
Le PSST (Premenstrual Symptoms Screening Tool), mis au point par Steiner et ses collègues en 2003 et testé auprès de 519 femmes en soins primaires, est un questionnaire rétrospectif rapide. Il traduit les critères du DSM en échelle de sévérité pour repérer les femmes qui présentent probablement un TDPM ou un SPM sévère. Ses auteurs le présentent comme un outil de dépistage et un point de départ, pas comme un substitut au relevé sur deux cycles.
Auto-questionnaire : vos symptômes évoquent-ils un TDPM ?
Ce questionnaire reprend la logique des critères du DSM-5. Pensez à vos derniers cycles, plus précisément à la semaine qui précède les règles. Le résultat donne une orientation, jamais un diagnostic : seul un suivi quotidien sur deux cycles, discuté avec un médecin, permet de conclure. Aucune réponse n’est enregistrée ni transmise.1. Symptômes affectifs pendant la semaine avant les règles
Cochez uniquement ce qui est marqué et revient lors de la plupart des cycles.Sautes d’humeur marquées, larmes soudaines, hypersensibilité au rejetIrritabilité ou colère marquée, conflits plus fréquents avec l’entourageHumeur très basse, sentiment de désespoir ou pensées dévalorisantesAnxiété ou tension marquée, impression d’être à bout2. Autres symptômes pendant la même périodePerte d’intérêt pour les activités habituellesDifficultés de concentrationFatigue, manque d’énergieFringales ou changement d’appétitTrop dormir ou insomnieSentiment d’être débordée ou de perdre le contrôleSeins tendus, ballonnements, douleurs musculaires ou articulaires3. Rythme et retentissement
Ces symptômes s’atténuent-ils dans les jours qui suivent le début des règles, pour devenir minimes la semaine d’après ?OuiNon, ils persistentJe ne sais pas
Gênent-ils nettement votre travail, vos études, vos relations ou votre vie sociale ?Oui, nettementNon, ou peu4. Question importanteIl m’arrive d’avoir des idées de mort ou de suicide pendant cette périodeVoir mon orientationRecommencer
Idées suicidaires prémenstruelles : appeler le 3114
Le TDPM n’est pas un simple inconfort. Une méta-analyse publiée en 2021 par Prasad et ses collègues associe le TDPM à un risque nettement accru d’idées suicidaires et de tentatives de suicide, sur la base d’études surtout transversales. Si des idées de mort ou de suicide apparaissent, même seulement quelques jours par cycle, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24h/24 et 7j/7, ou les urgences (15 ou 112) en cas de danger immédiat. Le caractère cyclique de ces pensées ne les rend pas moins sérieuses, et elles justifient d’en parler rapidement à un médecin.
Prise en charge médicale du TDPM
Le TDPM se traite, et plusieurs options ont fait leurs preuves. Le choix dépend de l’intensité des symptômes, du désir de contraception ou de grossesse, des antécédents et des préférences de chaque femme. La recommandation de l’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) publiée fin 2023 sert aujourd’hui de référence internationale.
Les antidépresseurs ISRS
Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (fluoxétine, sertraline, paroxétine, escitalopram, citalopram) constituent le traitement le mieux étudié. La revue Cochrane de 2024, qui porte sur 34 essais randomisés, conclut que les ISRS réduisent probablement les symptômes prémenstruels, avec un effet plus net en prise continue qu’en prise limitée à la phase lutéale. Leur action est rapide, souvent dès le premier cycle, ce qui les distingue de leur usage dans la dépression. Les effets indésirables les plus fréquents sont les nausées, la fatigue et la somnolence ; la même revue estime qu’environ une femme sur huit présente des nausées attribuables au traitement. La prescription et le choix du schéma relèvent du médecin.
La contraception hormonale
Bloquer l’ovulation supprime les variations hormonales qui déclenchent les symptômes chez les femmes sensibles. Les pilules combinées contenant de la drospirénone ont été les plus étudiées dans le TDPM : la revue Cochrane qui leur est consacrée conclut à une amélioration possible des symptômes, avec un effet placebo également important et un recul limité à trois cycles. Ces pilules exposent à un risque thromboembolique veineux qui impose une évaluation médicale préalable (tabac, migraine avec aura, antécédents familiaux de thrombose).
La thérapie cognitivo-comportementale
La TCC aide à repérer les pensées automatiques de la phase prémenstruelle, à anticiper les situations de conflit et à organiser la semaine à risque. L’ACOG la recommande, avec des preuves de qualité faible à modérée. Elle s’associe sans difficulté à un traitement médicamenteux. L’activité physique régulière et une bonne hygiène de sommeil font aussi partie des mesures conseillées, sans remplacer un traitement dans les formes sévères.
Compléments alimentaires étudiés : ce que disent les données

Plusieurs nutriments et extraits de plantes ont été testés dans le syndrome prémenstruel. Aucun complément alimentaire ne traite le TDPM : les essais disponibles portent surtout sur le SPM, avec des effectifs réduits, et ne remplacent pas une prise en charge médicale. Le tableau ci-dessous résume le niveau de preuve.
| Complément | Données disponibles | Niveau de preuve |
|---|---|---|
| Calcium | Un essai multicentrique de 1998 (466 femmes analysées, 1 200 mg/jour sur trois cycles) : baisse des symptômes de 48 % contre 30 % sous placebo | Modéré, reconnu par l’ACOG à titre conditionnel |
| Safran | Essais randomisés sur le SPM, dont un essai de 2008 à 30 mg/jour sur deux cycles | Faible à modéré, essais de petite taille |
| Vitamine B6 | Revue de 1999 : bénéfice possible jusqu’à 100 mg/jour, mais aucun essai de qualité suffisante | Faible, avec un risque neurologique à forte dose |
| Magnésium | Petits essais anciens sur l’humeur prémenstruelle | Faible |
| Myo-inositol | Données très limitées, résultats contradictoires à doses élevées | Très faible |
Le safran, le plus documenté des extraits de plantes
Le safran (Crocus sativus) est étudié pour son action sur les voies de la sérotonine, ce qui explique l’intérêt qu’il suscite dans les troubles de l’humeur. Dans l’essai en double aveugle d’Agha-Hosseini et ses collègues, publié en 2008 dans le BJOG, des femmes de 20 à 45 ans souffrant de SPM depuis au moins six mois ont reçu 30 mg de safran par jour ou un placebo pendant deux cycles : les scores de symptômes prémenstruels et de dépression ont davantage baissé sous safran. D’autres essais, surtout iraniens, vont dans le même sens, mais leur taille reste modeste. L’extrait de safran Nutriforce est titré en crocine et en safranal, deux composés actifs de l’épice. Sa teneur par gélule est nettement supérieure à la dose de 30 mg utilisée dans cet essai : un avis médical avant toute prise reste préférable, surtout en cas de traitement antidépresseur, de grossesse ou d’allaitement.
Gélules de 500mg de Safran rouge standardisées à 0,3% en safranal et 3% de crocine. Alternative naturelle réellement efficace aux gommes de Safran sous dosées. Le Safran en complément alimentaire est l’un des meilleurs anti-oxydant naturels.
Calcium, vitamine B6 et magnésium
Le calcium dispose de l’essai le plus solide : celui de Thys-Jacobs, publié en 1998, montre une réduction significative des symptômes sous 1 200 mg de calcium élément par jour. L’apport peut venir de l’alimentation (produits laitiers, eaux minérales calciques, légumes verts) avant de recourir à un complément. La vitamine B6 a fait l’objet d’une revue systématique publiée dans le BMJ en 1999 : bénéfice possible, en particulier sur les symptômes dépressifs, mais études de faible qualité. Prudence sur les doses, car l’EFSA a fixé en 2023 la limite supérieure de sécurité à 12 mg par jour chez l’adulte en raison du risque de neuropathie. Le magnésium a montré un effet sur l’humeur prémenstruelle dans un petit essai italien de 1991 portant sur 32 femmes. Il contribue au fonctionnement normal du système nerveux et à des fonctions psychologiques normales, deux allégations autorisées. Le magnésium bisglycinate, une forme bien tolérée sur le plan digestif, apporte 250 mg de magnésium élément pour trois gélules et peut accompagner une hygiène de vie adaptée, sans prétendre agir sur le TDPM lui-même.
Le myo-inositol : un intérêt théorique, des données minces
Le myo-inositol participe à la transmission du signal de plusieurs neurotransmetteurs, dont la sérotonine. Dans le TDPM, un essai croisé en double aveugle publié en 2002, mené sur 11 femmes avec 12 g par jour pendant la phase lutéale, n’a montré aucun bénéfice par rapport au placebo. Les autres données publiées restent trop rares pour trancher. En l’état des connaissances, il n’existe pas d’argument suffisant pour le conseiller dans cette indication.
Précautions avant de prendre un complément
Un complément ne doit jamais retarder une consultation quand les symptômes sont sévères. En cas de traitement antidépresseur, de grossesse, d’allaitement, de projet de grossesse ou de trouble psychiatrique connu, aucun complément ne doit être débuté sans avis médical. Le safran à dose élevée est déconseillé pendant la grossesse, et son association à un ISRS mérite l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien. Le magnésium peut réduire l’absorption de certains antibiotiques et de médicaments contre l’ostéoporose ; il est contre-indiqué en cas d’insuffisance rénale sévère. Chez l’adolescente, toute humeur dépressive prémenstruelle marquée justifie un avis médical plutôt qu’une automédication.
Sources scientifiques
- Epperson CN, Steiner M, Hartlage SA, Eriksson E, Schmidt PJ, Jones I, Yonkers KA. (2012). Premenstrual dysphoric disorder: evidence for a new category for DSM-5. American Journal of Psychiatry, 169(5), 465-475.
- Endicott J, Nee J, Harrison W. (2006). Daily Record of Severity of Problems (DRSP): reliability and validity. Archives of Women’s Mental Health, 9, 41-49.
- Steiner M, Macdougall M, Brown E. (2003). The premenstrual symptoms screening tool (PSST) for clinicians. Archives of Women’s Mental Health, 6(3), 203-209.
- Jespersen C, Lauritsen MP, Frokjaer VG, Schroll JB. (2024). Selective serotonin reuptake inhibitors for premenstrual syndrome and premenstrual dysphoric disorder. Cochrane Database of Systematic Reviews, Issue 8, CD001396.
- Prasad D, Wollenhaupt-Aguiar B, Kidd KN, de Azevedo Cardoso T, Frey BN. (2021). Suicidal risk in women with premenstrual syndrome and premenstrual dysphoric disorder: a systematic review and meta-analysis. Journal of Women’s Health, 30(12), 1693-1707.
- Agha-Hosseini M, Kashani L, Aleyaseen A, et al. (2008). Crocus sativus L. (saffron) in the treatment of premenstrual syndrome: a double-blind, randomised and placebo-controlled trial. BJOG, 115(4), 515-519.

2 réactions
Partagez votre avis ou posez vos questions, la communauté Nutriforce vous lit.
Article super bien expliqué, je ne connaissais pas le détail des critères DSM-5, ça m’aide vraiment à mieux comprendre ce que je ressens chaque mois. Merci !
Est-ce que certains compléments alimentaires peuvent aider à réduire les symptômes du TDPM, et y a-t-il des risques à les prendre en même temps que des traitements hormonaux ?