Urolithine A : le guide complet sur ce métabolite de la grenade qui cible les mitochondries
L'urolithine A fait partie des molécules les plus discutées du moment dans le champ de la longévité et de la santé musculaire. Elle ne provient pourtant d'aucune plante : c'est un métabolite fabriqué par certaines bactéries de l'intestin à partir de polyphénols présents dans la grenade, les noix ou les framboises. Son intérêt tient à…

Introduction
L’urolithine A fait partie des molécules les plus discutées du moment dans le champ de la longévité et de la santé musculaire. Elle ne provient pourtant d’aucune plante : c’est un métabolite fabriqué par certaines bactéries de l’intestin à partir de polyphénols présents dans la grenade, les noix ou les framboises. Son intérêt tient à un mécanisme précis, la mitophagie, c’est-à-dire le recyclage des mitochondries usées par la cellule. Avec l’âge, ce nettoyage ralentit, et les muscles accumulent des mitochondries moins efficaces.
Ce guide fait le point sur ce que l’on sait réellement de l’urolithine A : d’où elle vient, pourquoi une partie seulement de la population en produit, ce que montrent les essais cliniques chez l’humain, à qui elle peut s’adresser et à quelles doses elle a été étudiée. Le statut réglementaire en Europe mérite une attention particulière, car il conditionne la vente de cette molécule sous forme de complément alimentaire en France. Les données présentées ici distinguent clairement les résultats obtenus chez l’animal de ceux mesurés chez l’humain, et signalent les limites des études disponibles.
Origine de l’urolithine A : un métabolite fabriqué par le microbiote

Des ellagitannins de la grenade à l’urolithine A
L’urolithine A n’existe pratiquement pas telle quelle dans l’alimentation. Le point de départ se trouve dans les ellagitannins et l’acide ellagique, des polyphénols abondants dans la grenade, les noix, les framboises, les fraises, les mûres ou encore certains vins élevés en fût de chêne. Une fois ingérés, ces composés sont très peu absorbés dans l’intestin grêle. Ils arrivent dans le côlon, où des bactéries spécialisées les transforment par étapes successives en une famille de molécules appelées urolithines (A, B, C, D, isourolithine A). L’urolithine A est l’un des produits terminaux de cette chaîne, et c’est elle qui passe dans la circulation sanguine, principalement sous forme conjuguée (glucuronide).
Le nom même de la molécule (du grec ouron, l’urine, et lithos, la pierre) rappelle son histoire : les urolithines ont d’abord été décrites dans des calculs d’origine animale, bien avant tout intérêt pour leurs effets biologiques. Le regain d’intérêt date des années 2010, lorsque des chercheurs de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) ont cherché à comprendre pourquoi la grenade, associée à la santé dans de nombreuses traditions, produisait des effets si variables d’une personne à l’autre.
Producteurs et non-producteurs : les métabotypes d’urolithines
Tout le monde ne fabrique pas d’urolithine A, même avec une alimentation riche en grenade et en noix. Les chercheurs décrivent trois profils, appelés métabotypes : le métabotype A (production d’urolithine A seule), le métabotype B (production d’urolithine A, d’isourolithine A et d’urolithine B) et le métabotype 0 (aucune production détectable). Une étude espagnole menée sur 839 personnes âgées de 5 à 90 ans a conclu que l’âge est le principal facteur qui détermine la composition du microbiote impliqué dans ce métabolisme.
Une étude financée par Amazentis et publiée dans l’European Journal of Clinical Nutrition illustre l’ampleur de cette variabilité. Chez 100 adultes en bonne santé recrutés aux États-Unis, seuls 12 % présentaient un taux détectable d’urolithine A au départ, et environ 40 % atteignaient un niveau élevé de conversion 24 heures après un verre de jus de grenade. Autrement dit, la majorité des personnes ne retire qu’une quantité faible ou nulle d’urolithine A de son alimentation.
Comment l’urolithine A est produite pour les compléments
Faute de pouvoir compter sur le microbiote de chacun, l’industrie a choisi la synthèse chimique. L’urolithine A utilisée dans les compléments est une molécule de synthèse, structurellement identique à celle que fabrique l’intestin. La société suisse Amazentis, issue de l’EPFL, a développé l’ingrédient breveté Mitopure, commercialisé par sa marque grand public Timeline. Cette même société a financé la grande majorité des essais cliniques publiés à ce jour, un point à garder en tête dans la lecture des résultats.
Les bienfaits de l’urolithine A

Stimuler la mitophagie et le renouvellement des mitochondries
Le mécanisme central de l’urolithine A est l’activation de la mitophagie. Les mitochondries produisent l’essentiel de l’énergie (ATP) des cellules musculaires. Lorsqu’elles se dégradent, elles produisent moins d’énergie et davantage de radicaux libres. La mitophagie permet à la cellule d’éliminer ces mitochondries défectueuses pour laisser place à de nouvelles unités fonctionnelles. Ce processus de « contrôle qualité » décline avec l’âge, et c’est précisément sur ce point que l’urolithine A agit selon les données expérimentales. Ce mécanisme la rapproche, sur le plan conceptuel, de la spermidine, une polyamine étudiée pour sa capacité à stimuler l’autophagie générale de la cellule.
Soutenir l’endurance musculaire
Le bénéfice le plus documenté chez l’humain concerne l’endurance musculaire, c’est-à-dire la capacité d’un muscle à répéter des contractions avant la fatigue. Chez des personnes âgées, l’urolithine A a augmenté le nombre de contractions réalisées avant épuisement après deux mois de supplémentation. Ce type d’effet présente un intérêt concret pour l’autonomie au quotidien : monter des escaliers, porter des courses, marcher plus longtemps.
Améliorer la force musculaire chez l’adulte d’âge moyen
Chez des adultes d’âge moyen, sédentaires et en surpoids, un essai de quatre mois a mesuré une hausse de la force des muscles de la jambe d’environ 10 à 12 % selon la dose. Ce résultat reste à confirmer par des équipes indépendantes, mais il suggère un effet sur la fonction musculaire au-delà des seuls marqueurs biologiques.
Réduire certains marqueurs métaboliques et inflammatoires
Plusieurs essais rapportent une baisse des acylcarnitines plasmatiques, des molécules qui s’accumulent lorsque les mitochondries brûlent mal les acides gras. Une diminution de la protéine C-réactive (CRP), marqueur de l’inflammation de bas grade, a aussi été observée. Ces marqueurs sont des indicateurs intermédiaires : leur amélioration ne garantit pas un bénéfice clinique à long terme.
L’avis de la science sur l’urolithine A

Des résultats solides chez l’animal
L’étude fondatrice, publiée dans Nature Medicine en 2016, a montré que l’urolithine A induit la mitophagie et prolonge la durée de vie du ver C. elegans, et améliore la fonction musculaire chez le rongeur. Chez la souris âgée et le jeune rat, la capacité à l’effort augmentait. Ces travaux ont posé la base mécanistique, mais un gain de durée de vie chez un ver ne permet aucune conclusion sur la longévité humaine.
Le premier essai chez l’humain : sécurité et signature mitochondriale
En 2019, un essai publié dans Nature Metabolism a testé l’urolithine A chez des personnes âgées sédentaires et en bonne santé. Les résultats montrent que l’urolithine A est sûre et induit une signature moléculaire d’amélioration de la santé mitochondriale : la molécule était biodisponible à toutes les doses, bien tolérée, et 500 mg ou 1 000 mg par jour pendant quatre semaines modifiaient les acylcarnitines plasmatiques ainsi que l’expression de gènes mitochondriaux dans le muscle. Cet essai démontre un effet biologique, pas encore un effet fonctionnel sur la performance.
L’essai JAMA Network Open chez les plus de 65 ans
L’essai de Liu et collaborateurs, mené à Seattle, a inclus 66 adultes de 65 à 90 ans (majoritairement des femmes) répartis entre 1 000 mg d’urolithine A par jour et un placebo pendant quatre mois. Le critère principal, la distance parcourue au test de marche de six minutes, n’a pas montré de différence significative : 60,8 m de progression sous urolithine A contre 42,5 m sous placebo. En revanche, l’essai randomisé publié dans JAMA Network Open a mis en évidence une hausse nette de l’endurance musculaire à deux mois (main et jambe), ainsi qu’une baisse de plusieurs acylcarnitines, céramides et de la CRP. À quatre mois, l’écart d’endurance avec le placebo n’était plus significatif, le groupe placebo ayant lui aussi progressé.
L’essai Cell Reports Medicine chez l’adulte d’âge moyen
Le second grand essai, publié en 2022, a porté sur environ 90 adultes d’âge moyen en surpoids, répartis entre 500 mg, 1 000 mg ou placebo pendant quatre mois. L’urolithine A a amélioré la force musculaire, certains paramètres de performance et des biomarqueurs mitochondriaux : la force des muscles de la jambe a progressé d’environ 12 %, et les auteurs décrivent des améliorations cliniquement pertinentes de la consommation maximale d’oxygène et du test de marche, sans différence significative face au placebo sur ces deux mesures. Le critère principal, la puissance maximale au pédalage, n’a toutefois pas été atteint. Des biopsies musculaires ont montré une hausse des protéines liées à la mitophagie et au métabolisme mitochondrial.
Le niveau de preuve global
En synthèse, le niveau de preuve chez l’humain peut être qualifié de prometteur mais préliminaire. Les essais sont randomisés et contrôlés contre placebo, ce qui constitue un point fort. Leurs limites sont toutefois nettes : effectifs modestes (66 à environ 90 participants), durée courte (quatre mois au maximum), critères principaux souvent non atteints, populations peu diversifiées et financement quasi exclusif par le fabricant de l’ingrédient. Une revue récente consacrée à la traduction clinique des urolithines rappelle d’ailleurs que la reconnaissance de la sécurité d’un usage alimentaire ne constitue pas une preuve d’efficacité. Aucune donnée humaine ne permet aujourd’hui d’affirmer que l’urolithine A allonge la durée de vie.
Usages de l’urolithine A
Seniors : préserver la fonction musculaire
Les personnes de plus de 60 ans représentent le public le plus logique pour l’urolithine A. Ce sont elles qui produisent le moins naturellement cette molécule, et la perte de masse et de fonction musculaire (sarcopénie) constitue l’un des principaux facteurs de perte d’autonomie. Les données disponibles portent sur l’endurance et des marqueurs mitochondriaux, pas sur la masse musculaire elle-même. Pour cette dernière, l’apport en protéines reste le levier le mieux établi : une whey de qualité aide à atteindre les besoins protéiques souvent accrus chez le senior, et l’association avec un entraînement en résistance demeure la base. L’urolithine A se positionne au mieux comme un complément à ces fondamentaux, jamais comme un substitut.
Un complément pertinent pour la course à pied et les sports d’endurance ?
Pour le coureur ou le cycliste, l’idée d’améliorer la qualité des mitochondries paraît séduisante, puisque la performance en endurance dépend directement de leur densité et de leur efficacité. Il faut pourtant rester lucide : aucun essai publié n’a porté sur des sportifs entraînés. Les participants des études étaient sédentaires, âgés ou en surpoids, des profils chez qui la marge de progression mitochondriale est importante. Chez un athlète dont les mitochondries sont déjà stimulées quotidiennement par l’entraînement, l’effet supplémentaire reste inconnu. Pour un sportif d’endurance, l’urolithine A relève aujourd’hui de l’expérimentation, pas de la stratégie validée.
Longévité : une approche centrée sur les mitochondries
Dans les protocoles orientés « longévité », l’urolithine A est souvent associée à d’autres molécules qui agissent sur différentes étapes du fonctionnement mitochondrial. Le NMN est étudié comme précurseur du NAD+, un cofacteur indispensable aux réactions énergétiques de la mitochondrie et dont les taux baissent avec l’âge. L’ubiquinol, forme réduite de la coenzyme Q10, intervient directement dans la chaîne respiratoire mitochondriale. Ces associations reposent sur une logique physiologique cohérente (renouveler les mitochondries, alimenter leur machinerie, soutenir leur production d’énergie), mais leurs effets combinés n’ont pas été évalués par des essais cliniques. La cohérence d’un mécanisme ne remplace pas la démonstration d’un bénéfice.
Et la grenade dans l’assiette ?
Consommer grenade, noix et petits fruits rouges reste une bonne habitude alimentaire, riche en fibres et en polyphénols. Pour l’urolithine A spécifiquement, l’étude sur 100 adultes citée plus haut montre toutefois que l’apport direct de 500 mg conduit à une exposition plus de six fois supérieure à celle obtenue avec un jus de grenade, et surtout plus homogène d’une personne à l’autre. L’alimentation seule ne garantit donc aucun apport en urolithine A pour une grande partie de la population.
Dosage et précautions

Doses étudiées et moment de prise
Les essais chez l’humain ont utilisé 500 mg ou 1 000 mg d’urolithine A par jour, en une prise, pendant quatre semaines à quatre mois. Dans l’essai sur l’adulte d’âge moyen, la dose de 500 mg a produit des effets sur la force comparables, voire légèrement supérieurs, à ceux de 1 000 mg. Aucune étude n’a comparé différents moments de prise ; les protocoles reposaient simplement sur une prise quotidienne régulière. Les effets mesurés apparaissent après plusieurs semaines, ce qui implique une prise régulière sur au moins deux mois avant toute évaluation. Ces doses correspondent à des conditions d’étude et non à une recommandation officielle.
Tolérance et effets indésirables
Dans les essais publiés, la tolérance a été bonne. Dans l’essai JAMA Network Open, 18 événements indésirables ont été rapportés sous urolithine A contre 15 sous placebo, sans événement grave ni différence significative entre les groupes. Des troubles digestifs légers sont occasionnellement signalés. Les données de sécurité au-delà de quatre mois de prise continue restent cependant limitées.
Contre-indications et interactions
Faute de données, l’urolithine A n’est pas recommandée chez la femme enceinte ou allaitante, ni chez l’enfant et l’adolescent : la demande d’autorisation européenne vise d’ailleurs exclusivement les adultes. Les interactions médicamenteuses n’ont pas été étudiées de façon spécifique. En cas de traitement chronique, de maladie hépatique, rénale ou mitochondriale, l’avis d’un médecin s’impose avant toute supplémentation. Prudence également sur la qualité : en juillet 2026, un tribunal fédéral américain a condamné 19 vendeurs en ligne pour avoir présenté à tort leurs produits comme contenant de l’urolithine A, ce qui justifie de privilégier des produits accompagnés d’analyses indépendantes.
Statut réglementaire en France et dans l’Union européenne
L’urolithine A est un nouvel aliment (« Novel Food ») au sens du règlement (UE) 2015/2283, puisqu’elle n’était pas consommée de manière significative dans l’Union avant le 15 mai 1997. Toute mise sur le marché comme ingrédient alimentaire ou complément alimentaire suppose donc une autorisation préalable et une inscription sur la liste de l’Union des nouveaux aliments. La société Amazentis a déposé une demande d’autorisation de l’urolithine A comme nouvel aliment le 31 août 2018, pour un usage réservé aux adultes (aliments enrichis, substituts de repas, compléments alimentaires, denrées destinées à des fins médicales spéciales). À la date de rédaction de ce guide (octobre 2026), cette demande figure toujours parmi les demandes en cours sur le site de la Commission européenne, aucun avis de l’EFSA n’a été publié à notre connaissance et l’urolithine A n’apparaît pas sur la liste de l’Union des nouveaux aliments. En l’état, l’urolithine A n’est donc pas autorisée comme nouvel aliment dans l’Union européenne.
Hors de l’UE, la situation diffère. Aux États-Unis, la FDA a répondu sans objection à la notification GRAS n° 791 en 2018 pour certains usages alimentaires. En Suisse, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire a classé l’urolithine A comme nouvel aliment soumis à autorisation (2025). Au Royaume-Uni, une demande est en cours d’évaluation par l’agence sanitaire. Ces règles évoluent : vérifiez l’état de la liste de l’Union avant tout achat ou toute commercialisation.
Conclusion
L’urolithine A illustre bien la nouvelle génération de compléments ciblant le vieillissement cellulaire : un mécanisme clair (la mitophagie), une origine naturelle liée au microbiote et des essais humains randomisés, ce qui reste rare dans ce domaine. Les résultats les plus convaincants concernent l’endurance et la force musculaires chez des personnes âgées ou sédentaires, ainsi que des marqueurs de santé mitochondriale. Les limites sont tout aussi réelles : petits effectifs, durées courtes, critères principaux souvent manqués et financement par le fabricant.
Pour un senior soucieux de préserver sa fonction musculaire, l’urolithine A constitue une piste sérieuse à suivre, à condition de conserver les fondamentaux : protéines, activité physique en résistance et sommeil. Pour le sportif entraîné, les preuves manquent encore. Enfin, son statut de nouvel aliment non autorisé dans l’Union européenne à ce jour impose la plus grande prudence face aux produits proposés en ligne.
Sources :
- Urolithin A induces mitophagy and prolongs lifespan in C. elegans and increases muscle function in rodents
- The mitophagy activator urolithin A is safe and induces a molecular signature of improved mitochondrial and cellular health in humans
- Effect of Urolithin A Supplementation on Muscle Endurance and Mitochondrial Health in Older Adults: A Randomized Clinical Trial
- Urolithin A improves muscle strength, exercise performance, and biomarkers of mitochondrial health in a randomized trial in middle-aged adults
- Direct supplementation with Urolithin A overcomes limitations of dietary exposure and gut microbiome variability in healthy adults to achieve consistent levels across the population
- The gut microbiota urolithin metabotypes revisited: the human metabolism of ellagic acid is mainly determined by aging
- Urolithins in clinical translation: from gut microbial metabolites to precision interventions
- Application for the approval of urolithin A as a novel food (Amazentis SA, non-confidential summary)

0 réactions
Partagez votre avis ou posez vos questions, la communauté Nutriforce vous lit.
Personne n'a encore réagi à cet article. Soyez la première personne à partager votre avis ou poser une question.