Ashwagandha et ménopause : ce que les études montrent sur les symptômes de la périménopause
Il est trois heures du matin, les draps sont humides et le sommeil ne revient pas. Au réveil, la séance de fractionné prévue avant le travail paraît insurmontable. L'irritabilité monte dès la première contrariété, et les cycles n'ont plus aucune régularité depuis des mois. Ce tableau correspond à la périménopause, une transition qui débute souvent…

Introduction
Il est trois heures du matin, les draps sont humides et le sommeil ne revient pas. Au réveil, la séance de fractionné prévue avant le travail paraît insurmontable. L’irritabilité monte dès la première contrariété, et les cycles n’ont plus aucune régularité depuis des mois. Ce tableau correspond à la périménopause, une transition qui débute souvent vers 45 ans et qui précède l’arrêt définitif des règles, en moyenne vers 51 ans en France. Pendant cette période, beaucoup de femmes cherchent une option complémentaire, et l’ashwagandha revient souvent dans leurs recherches. Cet article examine ce que la littérature scientifique permet d’affirmer sur cette plante face aux symptômes de la ménopause, et ce qu’elle ne permet pas d’affirmer. Pour une présentation générale de la plante, de ses composés actifs et de ses autres usages étudiés, reportez-vous à notre guide sur les bienfaits de l’ashwagandha.
Ce qui change dans l’organisme pendant la périménopause

La périménopause ne se résume pas à une baisse progressive des œstrogènes. Les premières années de la transition se caractérisent par des fluctuations marquées de l’estradiol, avec des pics suivis de chutes brutales, tandis que la FSH augmente pour stimuler des ovaires de moins en moins réactifs. La progestérone diminue plus tôt, faute d’ovulations régulières. Ce déséquilibre instable explique mieux que la baisse elle-même l’irrégularité des symptômes d’un mois à l’autre, et la difficulté à anticiper les périodes difficiles.
Les bouffées de chaleur prennent naissance dans l’hypothalamus. Un groupe de neurones, appelés neurones KNDy parce qu’ils produisent la kisspeptine, la neurokinine B et la dynorphine, devient hyperactif lorsque le rétrocontrôle exercé par les œstrogènes s’affaiblit. Cette hyperactivité rétrécit la zone de neutralité thermique : une élévation minime de la température corporelle suffit alors à déclencher une vasodilatation cutanée et une sudation soudaines. Ce mécanisme est aujourd’hui assez bien compris pour avoir donné lieu à une nouvelle classe de médicaments qui ciblent le récepteur de la neurokinine B. Dans la cohorte américaine SWAN, la durée médiane des symptômes vasomoteurs atteint 7,4 ans, ce qui fait de cette transition une période longue et non un épisode passager.
Le sommeil et l’axe du stress sont également touchés. Les réveils nocturnes, liés ou non aux sueurs, fragmentent le sommeil profond, et la transition ménopausique s’accompagne chez certaines femmes d’une modification du profil de cortisol. Chez une femme qui s’entraîne, cette combinaison pèse directement sur la récupération, la tolérance à l’effort et la motivation. C’est précisément sur le terrain du stress et du sommeil que l’ashwagandha dispose de ses données les plus solides, et c’est par ce biais qu’il convient de comprendre son intérêt éventuel à cette période.
Ce qu’a montré l’essai clinique mené en périménopause
Le protocole
Une seule étude randomisée contre placebo a évalué l’ashwagandha spécifiquement sur les symptômes climatériques. Publiée en 2021 par Gopal et ses collègues dans le Journal of Obstetrics and Gynaecology Research, elle a inclus 100 femmes en périménopause, réparties en deux groupes. Le premier recevait 300 mg d’extrait standardisé de racine d’ashwagandha deux fois par jour, le second un placebo, pendant huit semaines. Les chercheurs ont évalué les symptômes à l’aide d’échelles validées, dont la Menopause Rating Scale (MRS), qui couvre les dimensions somatiques, psychologiques et urogénitales, un score de bouffées de chaleur et le questionnaire de qualité de vie MENQOL. Ils ont également dosé plusieurs hormones sanguines au début et à la fin de l’essai.
Les résultats
Au terme des huit semaines, le score MRS total a diminué nettement plus dans le groupe ashwagandha que dans le groupe placebo, et le score de bouffées de chaleur ainsi que la qualité de vie ont évolué dans le même sens. Sur le plan biologique, les auteurs rapportent une hausse de l’estradiol sérique et une baisse de la FSH et de la LH, sans modification significative de la testostérone. Dans cet essai, 600 mg par jour d’extrait de racine pendant huit semaines ont été associés à une réduction des symptômes de la périménopause et à des variations hormonales mesurables par rapport au placebo. Ces variations vont dans le sens d’un profil moins avancé dans la transition, mais leur signification clinique à long terme reste inconnue.
Pourquoi ces résultats restent à confirmer
Un essai unique ne suffit pas à établir un effet, même lorsqu’il est bien conduit. L’effectif reste modeste, la durée de huit semaines ne renseigne pas sur l’évolution au-delà de quelques mois, et l’étude a été menée en Inde avec un extrait standardisé particulier, ce qui limite la transposition à d’autres produits et à d’autres populations. Les participantes étaient en périménopause : aucune donnée ne permet d’étendre ces résultats aux femmes ménopausées depuis plusieurs années, dont les ovaires ne produisent plus d’estradiol en quantité notable. Par ailleurs, une hausse de l’estradiol n’est pas un résultat neutre, et elle justifie une prudence particulière chez les femmes qui ont des antécédents de cancer hormonodépendant. L’ashwagandha ne constitue donc ni un traitement hormonal de la ménopause, ni une alternative démontrée à ce traitement.
Par quels mécanismes l’ashwagandha pourrait agir

Les auteurs de l’essai de 2021 ne proposent pas de mécanisme démontré. L’hypothèse la plus cohérente avec le reste de la littérature passe par l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, qui gère la réponse au stress et dialogue en permanence avec l’axe reproducteur. Un stress chronique et un cortisol élevé freinent la sécrétion de GnRH, l’hormone hypothalamique qui pilote la fonction ovarienne. Un apaisement de l’axe du stress pourrait donc agir indirectement sur la régulation hormonale et sur la perception des symptômes, mais cette piste reste une hypothèse à vérifier.
Une action documentée sur le cortisol
Plusieurs essais contrôlés montrent une baisse du cortisol et du stress perçu sous ashwagandha, ce qui constitue la base la plus solide pour expliquer son intérêt à la périménopause. Dans l’étude de Chandrasekhar et ses collègues, publiée en 2012, 64 adultes stressés ont reçu 300 mg d’extrait de racine deux fois par jour pendant 60 jours. Leur cortisol sérique a baissé d’environ 28 %, contre une variation bien plus faible sous placebo, et leurs scores de stress et d’anxiété ont diminué dans les mêmes proportions. En 2019, Lopresti et ses collègues ont retrouvé chez 60 adultes, avec 240 mg par jour pendant 60 jours, une réduction de l’anxiété et du cortisol matinal. Aucun de ces essais ne portait spécifiquement sur des femmes en périménopause, et le lien avec les symptômes climatériques reste donc indirect.
Le sommeil
Les troubles du sommeil figurent parmi les plaintes les plus fréquentes de la transition ménopausique. En 2019, Langade et ses collègues ont administré 300 mg d’extrait de racine deux fois par jour pendant dix semaines à des adultes souffrant d’insomnie, et ont observé un endormissement plus rapide et une meilleure efficacité du sommeil, mesurés par actigraphie. Ces données soutiennent l’idée que l’ashwagandha peut aider à améliorer la qualité du sommeil, sans preuve toutefois d’un effet sur les réveils provoqués par les sueurs nocturnes, qui relèvent du mécanisme thermorégulateur décrit plus haut.
Dose et moment de prise observés dans les études
Les études sur la périménopause, le stress et le sommeil utilisent le plus souvent 300 mg d’extrait de racine standardisé deux fois par jour, soit 600 mg quotidiens, pendant au moins huit semaines. Ce délai correspond à la durée au terme de laquelle les effets ont été mesurés : un bilan après deux ou trois semaines ne permet pas de conclure. La répartition matin et soir reprend celle des essais, et une prise concentrée en soirée se justifie davantage lorsque le sommeil est la plainte dominante. Le choix du moment est détaillé dans notre article ashwagandha matin ou soir, et les questions pratiques de prise dans quand prendre l’ashwagandha. Si vous choisissez l’ashwagandha Nutriforce, vérifiez sur la fiche produit que la dose journalière et la nature de l’extrait, racine et standardisation en withanolides, correspondent à celles des études. La durée de prise gagne à être définie avec un professionnel de santé, car les données de sécurité au-delà de trois mois restent limitées.
À quels profils cette approche peut s’adresser
Les données disponibles concernent les femmes en périménopause, qui ont encore des cycles même irréguliers et dont les symptômes mêlent troubles du sommeil, irritabilité, fatigue et bouffées de chaleur modérées. L’ashwagandha peut aider les femmes en périménopause chez qui le stress et le mauvais sommeil dominent le tableau, à condition d’exclure les contre-indications et sans remplacer un suivi médical. Pour les pratiquantes de musculation ou de course à pied, l’enjeu dépasse le confort : un sommeil fragmenté et un stress élevé dégradent la récupération, et les données sur ce point sont présentées dans notre article l’ashwagandha peut-elle aider les sportifs à mieux récupérer.
Le tableau change lorsque l’humeur devient la plainte principale, surtout après la ménopause, période pour laquelle l’ashwagandha n’a pas été étudiée. Le safran dispose ici de données propres : en 2018, Kashani et ses collègues ont administré 30 mg par jour d’extrait de safran pendant six semaines à des femmes ménopausées qui présentaient à la fois des bouffées de chaleur et des symptômes dépressifs, avec une amélioration des deux scores par rapport au placebo. Un extrait de safran représente donc une piste plus documentée que l’ashwagandha pour ce profil précis, là encore avec un avis médical en cas de symptômes dépressifs marqués.
Enfin, les bouffées de chaleur sévères, qui perturbent chaque nuit et chaque journée, relèvent d’une consultation. Les traitements hormonaux et les nouvelles molécules non hormonales ont un niveau de preuve sans commune mesure avec celui des plantes, et un complément alimentaire ne doit pas retarder cette démarche.
Contre-indications, interactions et précautions
Consultez votre médecin avant de prendre de l’ashwagandha si vous suivez un traitement hormonal, thyroïdien ou sédatif, ou si vous avez des antécédents hépatiques ou de cancer hormonodépendant. Des cas d’atteinte hépatique, rares mais parfois sévères, ont été décrits chez des personnes qui prenaient de l’ashwagandha, avec une jaunisse apparue le plus souvent entre deux et douze semaines après le début de la prise. Une fatigue inhabituelle, des urines foncées ou un jaunissement de la peau imposent l’arrêt immédiat et une consultation.
La thyroïde mérite une attention particulière à cet âge, car les dysfonctionnements thyroïdiens deviennent plus fréquents chez les femmes après 50 ans. Un essai mené en 2018 chez des patients en hypothyroïdie infraclinique a montré une hausse des hormones T3 et T4 sous ashwagandha : cet effet contre-indique la plante en cas d’hyperthyroïdie et impose un contrôle en cas de traitement par lévothyroxine. La hausse de l’estradiol observée dans l’essai de 2021 conduit par ailleurs à déconseiller la plante aux femmes qui ont eu un cancer du sein ou de l’endomètre, ou qui suivent une hormonothérapie.
L’ashwagandha peut aussi renforcer l’effet des sédatifs et des anxiolytiques, des antidiabétiques et des antihypertenseurs, et interférer avec les immunosuppresseurs ou les maladies auto-immunes. Certaines autorités sanitaires européennes, dont l’autorité danoise, ont restreint sa commercialisation dans les compléments alimentaires en raison d’incertitudes sur ses effets hormonaux et thyroïdiens. Ces signaux ne signifient pas que la plante est dangereuse pour toutes, mais ils justifient une prise encadrée, limitée dans le temps et discutée avec un professionnel de santé.
Sources scientifiques
- Gopal S, Ajgaonkar A, Kanchi P, et al. Effect of an ashwagandha (Withania somnifera) root extract on climacteric symptoms in women during perimenopause: a randomized, double-blind, placebo-controlled study. Journal of Obstetrics and Gynaecology Research, 2021.
- Avis NE, Crawford SL, Greendale G, et al. Duration of menopausal vasomotor symptoms over the menopause transition. JAMA Internal Medicine, 2015.
- Chandrasekhar K, Kapoor J, Anishetty S. A prospective, randomized double-blind, placebo-controlled study of safety and efficacy of a high-concentration full-spectrum extract of ashwagandha root in reducing stress and anxiety in adults. Indian Journal of Psychological Medicine, 2012.
- Lopresti AL, Smith SJ, Malvi H, Kodgule R. An investigation into the stress-relieving and pharmacological actions of an ashwagandha (Withania somnifera) extract. Medicine (Baltimore), 2019.
- Langade D, Kanchi S, Salve J, et al. Efficacy and safety of ashwagandha (Withania somnifera) root extract in insomnia and anxiety: a double-blind, randomized, placebo-controlled study. Cureus, 2019.
- Kashani L, Esalatmanesh S, Eftekhari F, et al. Efficacy of Crocus sativus (saffron) in treatment of major depressive disorder associated with post-menopausal hot flashes: a double-blind, randomized, placebo-controlled trial. Archives of Gynecology and Obstetrics, 2018.

6 réactions
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J’ai vraiment appris des choses en lisant cet article, surtout sur le fonctionnement des neurones KNDy. C’est clair et bien expliqué, ça change des articles un peu vagues sur la ménopause.
Sophie, c’est rassurant ce que tu dis, je me reconnais beaucoup dans les problèmes de sommeil. Tu as ressenti d’autres effets positifs à part ça ?
Salut Marc, moi je prends 300 mg par jour le soir avant de dormir, ça m’aide à me détendre. Mais c’est mieux de voir avec un spécialiste avant de commencer, je pense.
Sophie, tu prends quelle dose par jour ? J’hésite à tester aussi mais je ne sais pas trop par où commencer.
J’ai commencé l’ashwagandha il y a 2 mois pendant ma périménopause, et franchement mon sommeil s’est amélioré. Les réveils nocturnes sont moins fréquents, ça change la vie !
Merci pour cet article qui éclaire bien sur la périménopause, c’est vraiment utile !