Ubiquinol ou ubiquinone : quelle forme de CoQ10 choisir ?

Même dose, deux formes de CoQ10 : ce que les essais face à face mesurent dans le sang, ce qui change après 60 ans ou sous statine, et quoi choisir.

Ubiquinol ou ubiquinone : quelle forme de CoQ10 choisir ?

L’ubiquinone et l’ubiquinol sont la même coenzyme Q10 sous deux états : oxydée pour l’ubiquinone, réduite pour l’ubiquinol. Le corps fait passer la molécule de l’un à l’autre en permanence. Ce qui les départage, c’est ce qui arrive dans le sang une fois la gélule avalée.

Sur ce point, les essais qui ont donné la même dose des deux formes penchent du même côté : l’ubiquinol fait monter la CoQ10 du sang plus haut, avec une hausse jusqu’à deux fois plus forte à 200 mg par jour[1]. C’est la forme que nous conseillons, à 200 mg par jour au cours d’un repas qui contient des graisses. Deux nuances comptent pour bien la choisir : la fabrication du complément pèse presque autant que la forme, et les grands essais sur le cœur ont été menés avec l’ubiquinone.

Une seule molécule, oxydée ou réduite selon le moment

Dans les mitochondries, la CoQ10 fait la navette entre les complexes qui produisent l’énergie de la cellule. Elle prend des électrons et devient ubiquinol, les cède et redevient ubiquinone, puis recommence. Son rôle et les effets étudiés sont détaillés dans notre article sur les bienfaits de l’ubiquinol ; ici, seule la forme nous intéresse.

Ce va-et-vient commence dès la digestion. L’ubiquinol avalé s’oxyde en ubiquinone entre l’estomac et le duodénum, puis la CoQ10 est réduite à nouveau après avoir franchi la paroi de l’intestin, très probablement dans la lymphe, avant de rejoindre le sang[2]. Chez des donneurs en bonne santé, le plasma contient ainsi environ 95 % d’ubiquinol pour 5 % d’ubiquinone[3].

Ce retour à la forme réduite fonctionne aussi chez les plus âgés. Chez 21 adultes de 65 à 74 ans, la CoQ10 apparue dans le sang après une prise était surtout de l’ubiquinol, qu’ils aient avalé l’une ou l’autre forme[4]. Le débat porte donc sur la quantité qui franchit l’intestin.

À dose égale, ce que mesurent les essais face à face

La comparaison la plus nette ne change qu’un paramètre, la forme : 12 volontaires en bonne santé ont pris 200 mg par jour de chaque forme, 4 semaines chacune, dans des capsules molles aux excipients identiques. La CoQ10 totale du plasma est passée de 0,9 à 2,5 µg/mL avec l’ubiquinone, et de 0,9 à 4,3 µg/mL avec l’ubiquinol[1]. Pour la même dose, la hausse a été deux fois plus forte.

Une formule d’ubiquinol cocristallisée, conçue pour mieux le stabiliser, a été comparée à l’ubiquinone chez 12 adultes, en une prise de 240 mg à jeun : la quantité de CoQ10 passée dans le sang a été deux fois plus élevée avec l’ubiquinol[5].

L’écart ne ressort pas toujours. Dans un essai de 8 semaines, 150 adultes de 52 ans en moyenne ont été répartis entre cinq groupes, dont l’un sous 200 mg d’ubiquinone et un autre sous 200 mg d’ubiquinol, pris avec un repas. La CoQ10 du sang a augmenté de 1,46 mg/L avec la première et de 2,29 mg/L avec le second, un écart de 0,83 mg/L qui n’est pas statistiquement significatif[6]. Une partie de l’explication tient aux personnes elles-mêmes : à produit identique, certains volontaires font monter leur CoQ10 bien plus que d’autres, pour des raisons encore inconnues[7].

Ce que montrent les études
Oui, à dose égale, l’ubiquinol fait monter davantage la CoQ10 du sang. Dans trois essais face à face chez des adultes en bonne santé, il arrive devant à chaque fois, avec une hausse jusqu’à deux fois plus forte, significative dans deux d’entre eux.
Résumé de l'étude « Comparison study of plasma coenzyme Q10 levels in healthy subjects supplemented with ubiquinol... » (Clinical Pharmacology in Drug Development, 2014) sur PubMed
Étude citée : Clinical Pharmacology in Drug Development, 2014

Avec l’âge ou sous statine, une CoQ10 qui baisse

Chez les plus âgés

La fabrication de CoQ10 par l’organisme diminue avec l’âge[4], d’où l’intérêt d’une forme qui en fait monter davantage le taux sanguin. Chez dix hommes âgés qui ont pris 200 mg par jour avec un repas principal pendant 2 semaines, seul l’ubiquinol a fait monter la CoQ10 du sang de façon significative, de 1,3 à 3,4 µmol/L. Six d’entre eux ont mieux répondu à l’ubiquinol, deux à l’ubiquinone[8].

Chez les 21 adultes de 65 à 74 ans déjà cités, une prise unique de 100 mg d’ubiquinol a apporté 1,7 fois plus de CoQ10 dans le sang que l’ubiquinone, sans que l’écart soit significatif[4]. Les deux essais vont dans le même sens, avec un avantage net dans le premier.

Sous statine

Les statines freinent la voie de fabrication du cholestérol, que la CoQ10 emprunte aussi. Dans 8 groupes d’essais contre placebo, elles ont fait baisser la CoQ10 du plasma de 0,44 µmol/L en moyenne, et l’effet se retrouve pour chacune des quatre statines étudiées[9].

Reste la question des muscles. Une méta-analyse de 12 essais et 575 patients sous statine a comparé la CoQ10, de 100 à 600 mg par jour pendant 30 jours à 3 mois, à un placebo : les douleurs, la faiblesse, les crampes et la fatigue musculaires ont diminué, alors que la créatine kinase, marqueur de la souffrance du muscle, n’a pas bougé[10]. Cette méta-analyse ne sépare pas l’ubiquinol de l’ubiquinone.

La CoQ10 s’ajoute à la statine sans la remplacer, et elle ne justifie jamais d’arrêter le traitement ni d’en changer la dose. Toute douleur musculaire sous statine se signale au médecin, qui jugera aussi de l’intérêt d’y associer de la CoQ10.

Ce que montrent les études
Oui, la CoQ10 a réduit les symptômes musculaires sous statine. Sur 12 essais et 575 patients, douleurs, faiblesse, crampes et fatigue musculaires ont diminué par rapport au placebo. Elle ne remplace pas le traitement.

Effort et cœur : chaque forme a ses essais

À l’effort, des essais faits avec l’ubiquinol

Chez 100 athlètes entraînés de 20 ans en moyenne, qui préparaient les Jeux olympiques de 2012, 300 mg d’ubiquinol par jour pendant 6 semaines ont fait progresser la puissance mesurée sur vélo de 11,0 %, contre 8,5 % sous placebo. L’écart, 0,08 W/kg, représente 2,5 % de puissance en plus[11].

Un essai plus récent a regardé jusque dans le muscle. Chez 54 hommes actifs, la même dose pendant 6 semaines a fait passer la CoQ10 du plasma de 0,65 à 4,62 µg/mL et amélioré le rendement des mitochondries du muscle, sans allonger le temps tenu lors d’un effort très intense mené jusqu’à l’épuisement[12].

Ce que montrent les études
En partie, l’ubiquinol a amélioré la puissance d’athlètes entraînés. Sur 100 athlètes, 300 mg par jour pendant 6 semaines ont ajouté 2,5 % de puissance par rapport au placebo ; chez 54 hommes actifs, l’endurance à très haute intensité n’a pas changé.

Pour le cœur, des essais faits avec l’ubiquinone

Le plus grand essai sur la CoQ10, Q-SYMBIO, a suivi 420 patients atteints d’insuffisance cardiaque modérée à sévère pendant 2 ans. En plus de leur traitement, ils prenaient 100 mg de CoQ10 trois fois par jour ou un placebo : 15 % ont connu un événement cardiovasculaire majeur sous CoQ10, contre 26 % sous placebo[13]. Comme la plupart des essais cliniques sur la CoQ10, celui-ci a utilisé l’ubiquinone[2].

Aucun essai de cette taille n’a encore été mené avec l’ubiquinol. Les mesures sanguines plaident pour lui : il fait monter la CoQ10 au moins autant dans les comparaisons face à face, et le sang la transporte de toute façon sous forme d’ubiquinol. Mais l’effet sur le cœur n’a été mesuré qu’avec l’ubiquinone. Dans une maladie du cœur, la CoQ10 vient en plus du traitement, jamais à sa place, et c’est le cardiologue qui décide de la forme et de la dose. Les autres usages étudiés sont repris dans notre article sur les bienfaits de la coenzyme Q10.

Ce que montrent les études
Oui, dans l’insuffisance cardiaque et en plus du traitement. Sur 420 patients suivis 2 ans, 300 mg d’ubiquinone par jour ont fait passer les événements cardiovasculaires majeurs de 26 % à 15 %. L’ubiquinol n’a pas été testé à cette échelle.

200 mg d’ubiquinol par jour, au cours d’un repas

200 mg par jour, c’est la dose des comparaisons les plus parlantes : celle qui a doublé la hausse de CoQ10 chez les volontaires, et celle qui a fait la différence chez les hommes âgés[1][8]. Dans les essais menés sur plusieurs semaines, cette dose se prenait au cours d’un repas[6][8], et c’est la règle à garder, car la CoQ10 est liposoluble et passe avec les graisses du repas. Un déjeuner avec de l’huile d’olive, du poisson gras, des œufs ou du fromage convient très bien.

Trois sardines grillées, salade de lentilles au persil et poivron rouge, quartier de citron, verre d'eau et une gélule sur une soucoupe

Notre Coenzyme Q10 | Ubiquinol est dosé sur ce repère : chaque gélule contient 667 mg d’Ubiquinol P30, dont 200 mg d’ubiquinol, à raison d’une gélule par jour, sans dépasser cette dose.

Le choix se fait simplement. Si vous commencez une cure de CoQ10, prenez l’ubiquinol à 200 mg, surtout passé 60 ans ou sous statine, avec l’accord de votre médecin dans ce second cas. Si vous prenez déjà une ubiquinone qui vous réussit, rien n’oblige à changer : dans deux des comparaisons citées, l’écart entre les deux formes n’était pas significatif.

Pour les doses étudiées selon l’objectif, du sport à la fatigue, voyez notre article sur le dosage de coenzyme Q10 par jour.

Une tolérance comparable pour les deux formes

Aux doses des compléments, les deux formes sont bien tolérées, et l’essai qui les a suivies 8 semaines côte à côte ne montre aucune différence entre elles sur ce point.

Sur ses 150 adultes, trois effets indésirables ont été notés en tout : un inconfort digestif sous ubiquinone, un autre dans un groupe sans CoQ10, et des palpitations sous ubiquinol, qui ont conduit la personne concernée à arrêter la prise. Aucun n’a été grave[6]. Aucun effet indésirable n’a été signalé chez les 54 hommes de l’essai sur l’effort, ni chez les 12 volontaires qui ont pris 200 mg de chaque forme[1][12]. Une revue des données de sécurité situe à 1 200 mg par jour la dose la plus élevée pour laquelle aucun problème n’a été observé dans les essais chez l’humain, six fois la dose d’une gélule de 200 mg[14].

Un signal concerne les anticoagulants de la famille de la warfarine. Dans une cohorte canadienne de 171 patients sous warfarine, suivis 16 semaines avec un carnet de bord, ceux qui prenaient de la CoQ10 ont déclaré davantage de saignements, avec un risque multiplié par 3,7[15]. Ce sont des saignements rapportés par les patients eux-mêmes, dans une étude d’observation et non un essai.

Sous anticoagulant, on ne commence la CoQ10 qu’avec l’accord du médecin, qui pourra resserrer la surveillance de l’INR. Le détail des effets rapportés figure dans notre article sur les effets secondaires de l’ubiquinol et de la coenzyme Q10.

Reconnaître un ubiquinol qui reste de l’ubiquinol

L’ubiquinol a un point faible que l’ubiquinone n’a pas : il se transforme facilement en ubiquinone, même conservé au froid[16]. Un ubiquinol bien formulé est donc protégé par un antioxydant inscrit dans la composition. Dans notre gélule, c’est l’acide L-ascorbique, c’est-à-dire la vitamine C.

Le support de la CoQ10 compte aussi. Quand sept compléments de 100 mg ont été donnés aux mêmes 14 volontaires, l’absorption a beaucoup varié d’un produit à l’autre, selon la matière grasse ou le support qui porte la CoQ10 et selon la vitamine C ajoutée[7]. Dans ces mêmes mesures, une ubiquinone laissée sous forme de cristaux a été absorbée environ quatre fois moins bien que la même ubiquinone dispersée[2].

Sur l’étiquette, regardez la quantité d’ubiquinol elle-même et non le poids de la matière première : une gélule de 667 mg d’Ubiquinol P30 apporte 200 mg d’ubiquinol, et c’est ce second chiffre qui se compare d’un produit à l’autre. Si un complément n’indique que « coenzyme Q10 » sans préciser la forme, demandez laquelle : sans cette précision, aucune comparaison à dose égale n’est possible.

Sources

  1. Langsjoen PH, Langsjoen AM (2014). Comparison study of plasma coenzyme Q10 levels in healthy subjects supplemented with ubiquinol versus ubiquinone. Clinical Pharmacology in Drug Development. doi : 10.1002/cpdd.73
  2. Mantle D, Dybring A (2020). Bioavailability of Coenzyme Q10: An Overview of the Absorption Process and Subsequent Metabolism. Antioxidants. doi : 10.3390/antiox9050386
  3. Yamashita S, Yamamoto Y (1997). Simultaneous detection of ubiquinol and ubiquinone in human plasma as a marker of oxidative stress. Analytical Biochemistry. doi : 10.1006/abio.1997.2187
  4. Pravst I, Rodríguez Aguilera JC, Cortes Rodriguez AB et al. (2020). Comparative Bioavailability of Different Coenzyme Q10 Formulations in Healthy Elderly Individuals. Nutrients. doi : 10.3390/nu12030784
  5. Mei X, Zhu B, Soni K et al. (2026). A Randomized, Double-Blind, Two-Treatment, Two-Period, Crossover Study Investigating the Systemic Bioavailability of a Novel Cocrystal Ubiquinol Formulation Compared with a Ubiquinone Formulation in Healthy Adults. Clinical Pharmacology in Drug Development. doi : 10.1002/cpdd.70042
  6. D'Adamo CR, Leary M, Mote C et al. (2026). A Randomized, Double-Blind, Placebo-Controlled Trial Comparing the Effects of Commercially Available Ubiquinone, Ubiquinol, and Geranylgeraniol Dietary Supplements on Plasma CoQ10 Concentrations. Journal of Nutrition and Metabolism. doi : 10.1155/jnme/5589963
  7. López-Lluch G, Del Pozo-Cruz J, Sánchez-Cuesta A et al. (2019). Bioavailability of coenzyme Q10 supplements depends on carrier lipids and solubilization. Nutrition. doi : 10.1016/j.nut.2018.05.020
  8. Zhang Y, Liu J, Chen XQ et al. (2018). Ubiquinol is superior to ubiquinone to enhance Coenzyme Q10 status in older men. Food & Function. doi : 10.1039/c8fo00971f
  9. Banach M, Serban C, Ursoniu S et al. (2015). Statin therapy and plasma coenzyme Q10 concentrations–A systematic review and meta-analysis of placebo-controlled trials. Pharmacological Research. doi : 10.1016/j.phrs.2015.07.008
  10. Qu H, Guo M, Chai H et al. (2018). Effects of Coenzyme Q10 on Statin-Induced Myopathy: An Updated Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. Journal of the American Heart Association. doi : 10.1161/JAHA.118.009835
  11. Alf D, Schmidt ME, Siebrecht SC (2013). Ubiquinol supplementation enhances peak power production in trained athletes: a double-blind, placebo controlled study. Journal of the International Society of Sports Nutrition. doi : 10.1186/1550-2783-10-24
  12. Acton JP, Alsharif NS, Bond JW et al. (2026). Effect of six weeks ubiquinol supplementation on mitochondrial respiratory function and exercise capacity in healthy males. European Journal of Applied Physiology. doi : 10.1007/s00421-026-06275-w
  13. Mortensen SA, Rosenfeldt F, Kumar A et al. (2014). The effect of coenzyme Q10 on morbidity and mortality in chronic heart failure: results from Q-SYMBIO: a randomized double-blind trial. JACC: Heart Failure. doi : 10.1016/j.jchf.2014.06.008
  14. Hidaka T, Fujii K, Funahashi I et al. (2008). Safety assessment of coenzyme Q10 (CoQ10). BioFactors. doi : 10.1002/biof.5520320124
  15. Shalansky S, Lynd L, Richardson K et al. (2007). Risk of warfarin-related bleeding events and supratherapeutic international normalized ratios associated with complementary and alternative medicine: a longitudinal analysis. Pharmacotherapy. doi : 10.1592/phco.27.9.1237
  16. Zhang Q, Xia M, Zheng C et al. (2023). The Cocrystal of Ubiquinol: Improved Stability and Bioavailability. Pharmaceutics. doi : 10.3390/pharmaceutics15102499

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  1. CA
    Camille

    J’ai testé l’ubiquinol à 200 mg pendant un mois, comme conseillé, et j’ai vraiment senti un boost d’énergie, surtout pendant mes séances de sport. J’ai toujours eu du mal à récupérer, mais là c’est plus facile. Je prends le complément avec un repas gras comme recommandé, ça a l’air de bien marcher !

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